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"Le Mur" Borisov




L’ agoraphobie

Ce type de phobie est le plus fréquent. En France, l’incidence est évaluée par les psychiatres à 2% de la population et touche particulièrement les femmes.

Le terme d’agoraphobie est trompeur puisque le mot grec «agora » signifie place, lieu de rassemblement.  En effet,
quand les symptômes du trouble poussent quelqu’un à éviter des situations où il pourrait lui être difficile de s’enfuir ou bien où il pourrait ne pas trouver de solution de secours en cas d’attaque de panique inattendue, on parle d’agoraphobie.

C’est un terme qui désigne aussi des phobies apparentées, comme la peur de quitter son domicile, la peur des magasins, des foules et des endroits publics, ainsi que la peur de voyager seul en avion, en bus ou n train par exemple.

Les situations sont évitées ou subies avec une souffrance intense ou avec la crainte d’avoir une attaque de panique. Plus de 80% des agoraphobes ont déjà vécu un trouble panique, ponctuel ou répété. Ce vécu entraîne une anticipation aigüe d’une éventuelle nouvelle crise d’angoisse.



Günter Frey Agoraphobie


Nous pouvons ainsi définir l' agoraphobie par rapport aux critères diagnostiques DSM IV, (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders - American Psychiatric Association) :-
Anxiété liée au fait de se retrouver dans des endroits ou des situations d'où il pourrait être difficile (ou gênant) de s'échapper ou dans lesquelles on pourrait ne pas trouver de secours en cas d'attaque de panique ou bien en cas de symptômes à type de panique.

Les peurs agoraphobiques regroupent un ensemble de
situations caractéristiques incluant le fait de se retrouver seul en dehors de son domicile; d'être dans une foule ou dans une file d'attente; sur un pont ou dans un autobus, un train ou une voiture.
N.B. : Envisager le diagnostic de phobie spécifique si l'évitement est limité à une ou seulement quelques situations spécifiques, ou celui de phobie sociale si l'évitement est limité aux situations sociales.

Les situations sont soit évitées (p. ex., restriction des voyages) soit subies avec une souffrance intense ou bien avec la crainte d'avoir une attaque de panique ou des symptômes à type de panique ou bien nécessitant la
présence d'un accompagnement.

- L'anxiété ou l'évitement phobique n'est pas mieux expliqué par un autre trouble mental, tel une
Phobie sociale (par ex. évitement limité aux situations sociales par peur d'être embarrassé), une Phobie spécifique (par ex., évitement limité à une situation unique comme les ascenseurs), un Trouble obsessionnel compulsif (par ex., évitement de la saleté chez quelqu'un ayant une obsession de la contamination), un état de stress post-traumatique (par ex., évitement des stimuli associés à un facteur de stress sévère) ou un Trouble anxiété de séparation (évitement lié au départ du domicile ou à la séparation d' avec les membres de la famille). Mentionnons que l'évitement de situations peut altérer les capacités des sujets à voyager, à travailler ou à assumer leurs responsabilités.



Quels sont les symptômes ?

Selon la définition admise en général, le trouble panique se diagnostique quand une personne à au moins quatre attaques de panique en l’espace d’un mois. Au cours de l’une de ces attaques il y a présence d’au moins quatre des symptômes suivant :
- sensation d’étouffement
- étourdissements, sensations d’instabilité ou d’évanouissement
- palpitations ou augmentation du rythme cardiaque
- tremblements ou secousses musculaires
- transpiration
- sensation d’étranglement
- nausée ou gène abdominale
- dépersonnalisation ou déréalisation
- sensation d’engourdissement ou de picotement
- bouffées de chaleur ou série de frissons
- douleur ou gène thoracique
- peur de mourir
- peur de devenir fou ou de commettre un acte non contrôlé

Si l’agoraphobie existe sans trouble panique, c’est essentiellement quand la personne évite toutes les situations redoutées. La distinction trouble panique/agoraphobie avec ou sans trouble panique est obscure pour chacun. On constate que l’agoraphobie isolée débute vers 25ans et que l’agoraphobie avec trouble panique débute vers 35-45 ans.
Puis, on constate que toutes les phobies ont un mécanisme commun qui se complexifie en fonction de la diversité des stimuli. Le schéma est le suivant :

• Situation angoissante
Dans le cas de l’agoraphobie les situations problèmes sont nombreuses.

Etendue déserte

Tunnel

Magasin

Voiture

Espaces souterrains

Ascenseur

Autoroute

Restaurant

Bus

Espaces surchauffés

Salle de spectacle

Pont passerelle

Réunions

Métro

Espaces mal aérés

Cinéma

Foule

Avion

Bateau

Marcher seul dans la rue


• Manifestations physiologiques :
- palpitations
- transpiration
- tremblements ou secousses musculaires
- sensations de souffle coupé ou étouffement
- douleur thoracique
- nausée ou gène abdominale
- sensation de vertige, d’instabilité
- sentiment d’irréalité ou d’être détaché de soi
- peur de devenir fou
- peur de mourir
- paresthésies (sentiment d’engourdissement ou de picotement)
- frissons, bouffées de chaleur

Les symptômes apparaissent sous forme de syndromes d’apparence cardio-vasculaire, neurologique, digestive et syncopale.

• Emotion : peur
Pour l’agoraphobie, c’est une peur irraisonnée sans danger objectif.

• Cognition : il s’agit de l’anticipation de la peur face à l’objet ou à la situation qui pose problème.
Dans le cas de l’agoraphobie, il y a anticipation de la situation vécue qui est ressentie comme un danger (danger de mort, de perte de contrôle de soi, d’avoir un comportement ridicule,…).

• Comportement : on constate qu’il y a des évitements directs ainsi que des évitements subtils.
Dans les événements directs de l’agoraphobie les situations sont progressivement évitées, notamment les lieux d’où on ne peut pas s’échapper et les lieux où on ne peut pas être secourus.
Parmi les événements subtils, il y a l’utilisation d’une personne, d’un objet "contra-phobique" qui accompagne la personne et crée une situation rassurante.








Les phobies spécifiques

Les phobies simples ou spécifiques regroupent les phobies situationnelles (avion, voiture, bateau, tunnels, ponts, …), les phobies des animaux (chiens, insectes, …), les phobies du sang, des blessure et interventions médicales (piqûres, dentiste, coupures…), et bien d’autres encore … Nous pouvons ainsi définir les phobies spécifiques par rapport aux critères diagnostiques DSM IV, ( Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders - American Psychiatric Association) :
- Peur persistante et intense à caractère irraisonné, déclenchée par la présence ou l’anticipation de la confrontation à un objet ou une situation spécifique.
- L’exposition au stimulus générateur d’angoisse provoque de façon quasi systématique une réaction anxieuse immédiate qui peut prendre la forme d’une attaque de panique liée à la situation ou facilitée par la situation.
- Le sujet reconnaît le caractère excessif ou irrationnel de la peur.
- La (les) situation(s) génératrice(s) de peur est (sont) évitée(s) ou vécue(s) avec une anxiété ou une détresse intense les) situation(s) génératrice(s) de peur est (sont) évitée(s) ou vécue(s) avec une anxiété ou une détresse intense.
- L’évitement, l’anticipation anxieuse ou la souffrance dans la (les) situation(s) redoutée(s) perturbent, de façon importante les habitudes de l’individu, ses activités ou ses relations avec autrui.
- Chez les individus de moins de 18 ans, la durée est d’au moins 6 mois.
- L’anxiété, les attaques de panique ou l’évitement phobique associé à l’objet ou à la situation spécifique ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental.
Les phobies spécifiques ne provoquent pas forcément un gros handicap. : les phobies spécifiques les plus courantes (animaux par exemple), peuvent être vécues sans de lourds handicap. Ce n’est que quand l’individu ne peut sortir de chez lui (de peur de rencontrer tel ou tel animal ou tel autre par exemple), qu’il en vient à consulter un spécialiste.

Quels sont les symptômes ?

Lorsqu'une personne souffre de phobie spécifique et qu'elle est confrontée avec l'objet de sa peur, elle éprouve un sentiment d'anxiété intense qui va parfois jusqu'à la panique. La plupart du temps, il est facile d'éviter les situations qui peuvent provoquer une crise de phobie.


Comment se met-elle en place ?

Plusieurs éléments interviennent, en interrelation.
Le contexte familial peut jouer un rôle important dans la mise en place d’une phobie. L’enfant apprend un grand nombre de comportements auprès de ses parents. Il en est de même pour les phobies. Si un enfant voit un de ses parents avoir une réponse inadaptée devant tel ou tel objet phobogène, il aura tendance à reproduire ce comportement au contact du même objet.
Le comportement a son importance mais aussi le discours verbal ou non verbal. Les commentaires (« fais attention tu vas te noyer »), les anecdotes (« telle personne qui s’est fait mordre ») ou les simples réactions du visage (masque d’horreur face à une souris) sont autant d’apprentissages pour l’enfant.
Bref, le modèle donné par les parents est dysfonctionnel, la phobie et son comportement-clé, l’évitement, sont appris. La possibilité de transmission parentale multiplie par trois le risque de phobie chez l’enfant.
La phobie et son comportement-clé, l’évitement, sont appris. La possibilité de transmission parentale multiplie par trois le risque de phobie chez l’enfant.
En dehors de la phobie spécifique, un milieu familial anxieux est le terrain « idéal » à l’ancrage de peurs. Stress chronique, atmosphère anxieuse diffuse, comportements d’évitement, sont le « terreau » du développement d’une phobie.
La phobie spécifique trouve également son origine dans une expérience désagréable, un traumatisme (ex : « être mordu par un chien », « accident de voiture », …). Ce modèle est le plus spécifique, mais :
- Le nombre de phobies dues à un choc n’est pas si nombreux
- Le même choc peut laisser quelqu’un indemne, quelqu’un d’autre avec une phobie mise en place.
Le conditionnement, bien que fréquent, n’est pas forcément une explication en soi. D’autres facteurs font naître la phobie, ou du moins la facilitent.
L’apparition d’une phobie est également due à notre appartenance à l’espèce humaine : les phobies spécifiques sont pour la plupart en rapport avec un instinct ancestral de survie de l’espèce (animaux prédateurs, obscurité, hauteurs, lieux inconnus….). Ces peurs ont été justifiées à un moment ou à un autre de l’histoire de l’Homme, favorisé l’adaptation de l’Homme à son environnement. On peut parler ici de génétique : face à une situation, un comportement automatique de survie refait surface, entraînant émotion intense et évitement. D’où l’irrationalité de la phobie.
Les schémas de danger sont donc transmis génétiquement. Ce sont les contextes (familiaux et environnementaux) qui faciliteront l’émergence de ce schéma, dysfonctionnel, car anachronique donc inadapté.





Pieter Bruegel La tour de Babel


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La phobie sociale

Il s’agit d’une crainte irrationnelle d’être jugé ou observé par un autre, de donner le spectacle d’un comportement inadapté, voire honteux, de révéler cette tendance anxieuse. La phobie sociale concerne les individus qui, dans certaines situations sociales, éprouvent une forte anxiété. Ces manifestations anxieuses intenses et la plupart du temps paralysantes ou inhibitrices conduisent le sujet à éviter lesdites situations, d’où un fort handicap.

Nous pouvons ainsi définir la phobie sociale par rapport aux critères diagnostiques DSM IV, ( Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders - American Psychiatric Association) :
- Une peur persistante et intense d'une ou plusieurs situations sociales ou bien de situations de performance durant lesquelles le sujet est en contact avec des gens non familiers ou bien peut être exposé à l'éventuelle observation attentive d'autrui. Le sujet craint d'agir (ou de montrer des symptômes anxieux) de façon embarrassante ou humiliante. (Si une affection médicale générale ou un autre trouble mental est présent, la peur décrite ici est indépendante de ces troubles; par exemple, le sujet ne redoute pas de bégayer, etc.)



Schéma 1 *



La phobie sociale (suite)
' Consulter également la
Thèse de Doctorat sur la Phobie Sociale de
Julie Emeriaud
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- L'exposition à la situation sociale redoutée provoque de façon quasi systématique une anxiété qui peut prendre la forme d'une attaque de panique liée à la situation ou bien facilitée par la situation.

- Le sujet reconnaît le caractère excessif ou irraisonné de la peur.

- Les situations sociales ou de performance sont évitées ou vécues avec une anxiété et une détresse intenses.

- L'évitement, l'anticipation anxieuse ou la souffrance dans la (les) situations(s) sociale(s) redoutée(s) ou de performance perturbent, de façon importante, les habitudes de l'individu, ses activités professionnelles (ou scolaires), ou bien ses activités sociales ou ses relations avec autrui, ou bien le fait d'avoir cette phobie s'accompagne d'un sentiment de souffrance important.

- Pour les individus de moins de 18 ans, on ne porte le diagnostic que si la durée est d'au moins 6 mois.

- La peur ou le comportement d'évitement ne sont pas liés aux effets physiologiques directs d'une substance ni à une affection médicale et ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental (par exemple, le trouble panique avec ou sans agoraphobie).

Les caractéristiques habituelles associées à la phobie sociale comprennent une hypersensibilité à la critique, à une évaluation négative ou au rejet, un faible estime de soi ou des sentiments d'infériorité. Les sujets ayant une phobie sociale craignent souvent une évaluation indirecte par les autres telle que de passer un examen.
Nous pouvons donc construire un tableau pour conclure en ce qui concerne le déroulement d’une crise liée à la phobie sociale :

Quelle situation?

En situation sociale

Manifestation

Ponctuelle

Avant

Panique

Pendant, attention portée

Sur soi

Peur

D'être humilié ou agressé

Après

Honte

Concordance trouble / personnalité

Non

Stratégie comportementale

Evitement

Nature

Pathologique




La phobie sociale est de nature pathologique, elle est envahissante, handicapante et influe sur le développement et le devenir social et affectif du sujet...

Quelles en sont les caractéristiques ?

1. Le trouble de la personnalité évitante
Il s'agit d'un mode général d'inhibition sociale, du sentiment de ne pas être à la hauteur et d'hypersensibilité au jugement négatif d'autrui qui apparaît au début de l'âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme en témoignent au moins quatre des manifestations suivantes:

Le sujet
- Evite les activités sociales professionnelles qui impliquent des contacts importants avec autrui par crainte d'être critiqué, désapprouvé ou rejeté.
- Manifeste de la réticence à s'impliquer avec autrui à moins d'être certain d'être aimé.
- Est réservé dans les relations intimes par crainte d'être exposé à la honte et au ridicule.
- Craint d'être critiqué ou rejeté dans les situations sociales.
- Est inhibé dans les situations interpersonnelles nouvelles à cause d'un sentiment de ne pas être à la hauteur.
- Se perçoit comme socialement incompétent, sans attrait ou inférieur aux autres.
- Est particulièrement réticent à prendre des risques personnels ou à s'engager dans de nouvelles activités par crainte d'éprouver de l'embarras.


Il y aurait deux types de personnalité évitante :
• Les grands anxieux qui arrivent à nouer des relations positives avec quelques personnes, ils ont souvent eu une enfance normale, les relations parents/enfants étaient saines, ces cas profitent bien des thérapies comportementales, de l’entraînement aux habiletés sociales et de la désensibilisation progressive

• Ceux qui sont tout autant anxieux que susceptibles, qui ont de la difficulté à faire confiance aux autres et qui vivent dans une grande solitude, ils ont souvent eu une enfance avec relations parents/ enfants malsaines : jugement des parents, attentes trop élevées…), ces cas profitent mieux des thérapies analytiques.


Avant de parler de troubles de la personnalité il faut tout d’abord atteindre l’âge adulte. Il est en effet fréquent qu’à l’adolescence on traverse une phase se rapprochant de l’évitement. Ce n’est qu’après plusieurs années de vie adulte que le psychiatre peut poser un diagnostic.



2. L’anxiété sociale
L’anxiété sociale est perçue sous deux angles essentiels :
- Anxiété de performance : face à un observateur, au centre de l’attention, perte des moyens et ressources.
- Anxiété d’interaction : se sentir évalué dans une relation et à son désavantage. Perte du statut d’interlocuteur valable : anxiété relationnelle.


Exemples :
- Anxiété de performance : téléphoner en public, participer au sein d’un petit groupe, manger dans un lieu public, boire en compagnie dans un lieu public, jouer, donner une représentation ou une conférence, travailler en étant observé, uriner dans des toilettes publiques, entrer dans une pièce alors que tout le monde est déjà assis, prendre la parole à une réunion, passer un examen, faire un compte rendu à un groupe.

- Anxiété d’interaction : parler à des gens qui détiennent une autorité, aller à une soirée, contacter par téléphone quelqu’un qui ne vous connaît pas très bien, parler à des gens que vous ne connaissez pas très bien, rencontrer des inconnus, être le centre d’attention, exprimer son désaccord ou sa désapprobation à des gens que vous ne connaissez pas très bien, regarder dans les yeux des gens que vous ne connaissez pas très bien, résister aux pressions d’un vendeur insistant.
Quelques chiffres :


Chez l'enfant.

Situation Peur et évitement chez des enfants phobiques sociaux
Parler en public 88%
Manger en face des autres 39,3%
Être en classe avec les autres enfants 27,6%
Ecrire en étant observé 27,6%
Utiliser les toilettes publiques 24,1%
Parler à des personnes représentant l'autorité 20,7%



Chez l’adulte.

Situation Peur et évitement chez des sujets phobiques sociaux
Prise de parole et interaction formelles (cours, réunions...) 70%
Affirmation de soi : exprimer son désaccord, refuser, demander, donner son avis... 31%
Observation par les autres : effectuer une tâche (manger, boire, travailler...) sous le regard des autres. 22%



L’anxiété sociale est donc multiforme : trac, timidité, phobies sociales sont des phénomènes différents qui contiennent eux-mêmes une belle diversité.
On peut néanmoins dégager une ligne commune :


Peur du regard -> Peur du jugement -> Peur de l’exposition

La peur du regard : la crainte d’être exposé au regard d’autrui est systématique. A l’origine du mécanisme, elle va en stimuler le développement. Il est à noter que cet élément, comme les autres qui vont être décrits, sont présents chez chaque individu, ce sont les proportions et la nature handicapante qui mènent au trouble. Personne n’aime être regardé, un sujet souffrant d’anxiété sociale évidemment que les autres. Il s’agit là d’une peur instinctive.
Peur du jugement : sur cette peur instinctive va se construire une deuxième strate, celle-ci psychologique : le regard devient jugement, est interprété comme tel.
La peur du regard de l’autre se « concrétise » psychologiquement :
Exemple : - Toute relation est une évaluation
- Le sujet est tourné vers lui-même et non pas vers ce qui se passe autour de lui, vers la relation.
- - Le sujet juge sa prestation plus négativement qu’un observateur le ferait
- - Le sujet sélectionne : il se souvient essentiellement des prestations décevantes
- -.Les relations sont anticipées, appréhendées négativement
- - Les commentaires positifs ne sont ni entendus ni intégrés.
- - Le sujet est inhibé (les compétences sont altérées ou bloquées, non développées)
Cette peur du jugement est en relation avec des phénomènes et mécanismes divers, tels que :


Peur de soi : le sujet peut avoir mis en place une anxiété quant à ses propres réactions. Hyper vigilance, attention portée sur soi, focalisation qui perturbent la performance elle-même où l’attention pour être efficace, doit être portée vers l’extérieur.

Voir Schéma 1 *



Peur du regard d’autrui : jugement et évaluation : le sujet est inhibé (altération des facultés) car il redoute le jugement, l’évaluation, en l’occurrence, négatifs. On peut rapprocher cela du trac, anxiété d’évaluation, de performance. Ici, c’est de la performance sociale dont il est question. Celle-ci est interprétée à travers le filtre de l’anxiété :
- L’attention de l’autre est surévaluée (« il me surveille, pas le droit à l’erreur »)
- Le jugement négatif est surévalué
(« il m’a trouvé nul (le) »)


Peur de l’image de soi : le sujet qui souffre d’anxiété sociale a des difficultés à s’adresser des compliments sur ses performances; il en découle un grand besoin de reconnaissance. Le désir de donner une bonne impression est donc fréquent. Le problème naît de la présence conjointe de cette ambition et de la peur de ne pas réussir. Désir et peur mêlés sont ici à la naissance du trouble. On peut ajouter à cela des exigences excessives que même des « non phobiques sociaux » n’auraient pas. Les performances sont donc nécessairement insatisfaisantes.

Voir Schéma 2**

L’anxiété est un trouble cognitif. On vit une situation, on en pense quelque chose. Les pensées (les différentes peurs que nous venons d’aborder) donnent lieu à des émotions et comportements de dysfonctionnement, non adaptés au bien-être.

Voir Schéma 3***

Dans la phobie sociale, le comportement anxieux prédominant est l’évitement. Les peurs conduisent l’individu à l’évitement plus ou moins développé des situations anxiogènes.
Nous sommes ici dans le principe du cercle vicieux. A chaque évitement, la valeur anxiogène de la situation augmente. Le trouble s’ « auto-nourrit » :

Voir Schéma 4****

Mais le phobique social peut anticiper. En effet, l’anticipation anxieuse se produit avant les situations problèmes. Elle prend schématiquement trois dimensions : psycho-corporelle, cognitive et comportementale. On peut considérer que ces symptômes font partie du vécu anxieux de la situation elle-même.

L’anticipation sera donc marquée :
- d’un point de vue psycho-corporel (tension musculaire, difficulté végétatives diverses, respiratoires)
- d’un point de vue comportemental (évitement, hyperactivité, vérification, inhibition)
- d’un point de vue cognitif (hyper vigilance, focalisation, troubles de la mémoire…)
Ces caractéristiques de l’anticipation sont valables dans le cadre de tous les troubles anxieux, mais prennent une valeur particulière dans l’optique de la phobie sociale.
Pour prendre quelques exemples :
- Même si toute phobie est respectable, il est irrationnel de craindre une souris (une souris n’est pas « rationnellement dangereuse »)
- Il est irrationnel de penser mourir ou devenir fou (folle) pendant une prochaine attaque de panique.
- Il est rationnel de penser que l’on va rater une performance sociale avant la performance. La phobie sociale inhibe; le sujet ne se comporte donc pas naturellement, il n'est pas en pleine possession de ces moyens.
L’anticipation anxieuse dans la phobie sociale s’inscrit donc dans un « fond » de réalité. Il est logique d’avoir peur : quand on est inhibé, on est « moins bon » socialement.
Cet aspect est à prendre en compte thérapeutiquement. Pour neutraliser l’anticipation, il ne suffit pas de rassurer, de mettre à jour le discours catastrophiste, les comportements dysfonctionnels ou d’expliquer les manifestations corporelles, Il faut également développer ses compétences sociales, avec tout ce que cela implique. Dans le cas contraire, la peur sera quelque part «justifiée».


Quels sont les symptômes de la phobie sociale?

Ils sont de différentes natures :

- Symptômes physiologiques : tensions et manifestations neurovégétatives disproportionnées : tensions musculaires, douleurs musculaires, fatigue, tremblement, sensation d’étouffement, tachycardie, sécheresse de la bouche, …
- Symptômes cognitifs : hyper vigilance, focalisation, hyper conscience de soi et par voie de conséquence, difficulté de concentration, de mémoire (trou noir) distorsions cognitives (lecture de la réalité éloignée de la réalité elle-même)…
Anticipation anxieuse, besoin de réassurance.
- Symptômes comportementaux : conduites d’évitement direct ou subtil, vérifications, inhibition, hyperactivité.


Comment devient-on phobique social ?


La phobie sociale résulte d'un apprentissage, le phobique sociale suit donc un modèle, celui-ci peut être comportemental ou cognitif.
Modèle comportemental : il existe deux cas de figure :
- Apprentissage d'une conduite de dysfonctionnement : en clair, le sujet prend comme exemples des individus ou relations déjà problématiques (ex : parents peu sociabilisés, peu tolérants ou peu affectifs)
- Apprentissage non référencé : le sujet n'a pas de références, d'exemples d'un comportement social adapté.
Modèle cognitif : la phobie sociale naît d'un mauvais traitement de l'information :
- Le danger vécu, expérimenté est intégré (stress chronique durant l'enfance, exemple familial et/ou social d'anxiété, traumatismes divers)
La réalité (ici les relations sociales) est ensuite interprétée en fonction de dangers potentiels.
- Un sujet phobique social a une conscience déformée de lui-même : image négative et sous-évaluation.
Exemple de schéma cognitif
• Le sujet pense se conduire de manière ridicule ou inacceptable.
• Il craint des conséquences négatives telles le rejet, la dévalorisation de son image ou de son statut.
• Ces pensées font naître le phénomène anxieux :
- Les symptômes anxieux (tremblement, rougissement…) deviennent eux-mêmes des signes de danger et viennent nourrir l’anxiété.
- L’hyper vigilance aux manifestations somatiques et aux pensées entraîne une baisse des compétences sociales : le sujet est tourné vers l’intérieur (pensées, corps), non vers l’extérieur (la relation)
- Les comportements d’évitement, de fuite entraînent chez l’autre des comportements sinon similaires du moins altérés.
• La performance sociale est insatisfaisante.
• L'anxiété est nourrie, développée. Les compétences ne se développent pas.











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Schéma 2**

Schéma 3***

Schéma 4****


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